Interview - Pilou Ducalme : ''Le plus beau dans l'histoire de Peter Mel à Mavericks, ce n'est pas le barrel''

Le surfeur basque, parti en pèlerinage à Mavericks à l'hiver 2012, revient sur une performance qui s'inscrit dans la légende du surf de gros.

- @oceansurfreport -

Vendredi dernier, Peter Mel a scoré un tube historique à la rame sur le spot de Mavericks, un reef situé au large de Pillar Point à 40 kilomètres au Sud de San Francisco (Californie). Historique par la trajectoire, l'engagement et le barrel gigantesque dans lequel la voix emblématique des lives de la World Surf League mais surtout, fervent régional de l'étape, s'est logé.

Pilou Ducalme, un surfeur basque parti en pèlerinage à Mavericks à l'hiver 2012 et qui a rencontré le chargeur californien, revient sur une performance qui s'inscrit dans la légende du surf de gros.

Quelle a été ta réaction en découvrant les images de cette vague de Peter Mel à Mavericks ?

Je n'ai pas été surpris car avec Jeff Clark, Peter fait partie des personnages incontournables à Mavericks. Pour avoir surfé avec lui là-bas, c'est le gars qui se met le plus à l'intérieur et personne ne vient l'embêter s'il est placé. Et l'intérieur à Mavericks, ce n'est pas Parlementia (spot réputé du Pays Basque, ndlr). Quand tu y vas tu prends des risques énormes ! Peter a l'habitude de partir à contrepic, comme il a fait ce jour-là. D'après ce que j'ai entendu, ça cassait un peu plus au large que d'habitude. Il a eu le bon feeling pour se retrouver au bon endroit au bon moment.

Pour Kai Lenny, c'est la "meilleure vague jamais surfée à Mavericks". Albee Layer parle d'"un des meilleurs rides de tous les temps". Tu partages ces avis ?

Je n'étais pas sur place et je ne l'ai vu qu'en vidéo. Mais en effet, c'est magnifique. Peter connaît la vague par coeur et avec les bateaux qui regardent et tous les photographes, ça motive. Malgré son grand gabarit (1,91m), c'est un chat et quand il se lève sur une planche, il est impressionnant. Mais personnellement, je suis tout aussi impressionné par la vague de "Twiggy" (Grant Baker) le 8 décembre, même s'il se fait ramasser sur la fin. Ce qui marque le plus sur la vague de Peter, c'est le barrel. Mais quand tu parles à tous les mecs qui surfent des très grosses vagues, le tube c'est un des endroits les plus sûrs pour tomber. Si tu fais un tout droit et que tu te prends une lèvre comme celle-là sur la tronche, par contre, tu te fais vraiment massacrer.


Avant de le croiser lors de ton voyage initiatique en Californie à l'hiver 2012, il représentait quoi pour toi, Peter Mel ?

En fait, je connais bien son oncle que j'avais rencontré quand je vivais à Hawaii. Lorsqu'il s'est marié, Peter est venu sur l'archipel et je l'ai vu surfer pour la première fois. En shortboard, il était impressionnant et doué dans les manoeuvres aériennes. Ensuite, bien sûr, j'ai suivi son parcours grâce aux magazines. Je savais qu'il faisait partie des locaux à Mavericks.

Raconte-nous tes premiers pas à Mavericks...

La première fois que j'ai surfé là-bas, en 2012, j'étais avec Zac Haynes qui n'avait alors que 16 ans. J'ai démarré sur deux vagues avant d'en prendre une troisième, beaucoup plus grosse que les autres, sur la tronche. Sur le coup, je ne réalisais pas vraiment. J'étais à moitié K.O et je me sentais partir, un peu comme dans "Le Grand Bleu". Cette expérience, ça m'a bien refroidi. C'était tellement violent, ça m'a même arraché la cagoule. Suite à ça, je me suis rendu au "Freeline Surf Shop", le magasin du père de Peter, John Mel. Du fait que j'étais allé surfer à Mavericks, il avait été très cool avec moi en me prêtant une planche pour surfer à Pleasure Point et une combinaison.

Et deux jours après, tu as retrouvé Peter Mel...

Ce jour-là, on était quatre. Il y avait un espèce de brouillard... On ne voyait pas à cinq mètres et personne ne voulait aller à l'eau. Au moment où il y a eu une légère éclaircie, Peter était là et a dit : "On y va". Ça m'a motivé, alors je l'ai suivi. Ce n'était pas encore au plein bas, le créneau de marée où c'est le plus creux. Tout à coup, une vague est rentrée. Peter était plus à l'intérieur et a commencé à ramer mais n'a pas réussi à démarrer. J'étais un peu plus bas, alors je suis parti. Et j'ai pris la plus belle vague de ma vie.

Pour en revenir au spot, qu'est-ce qui fait l'identité et la spécificité de Mavericks ?

Quand tu regardes cette vague de profil, tu te dis qu'elle est insurfable tellement la lèvre jette, comme sur un slab. Mais en fait, le line-up est très précis, calé. Plus qu'une vague comme Jaws par exemple. En fait, il faut vraiment être au bon endroit et ça part tout seul. Beaucoup plus vite qu'une vague d'ici (au Pays Basque), parce que tu rames beaucoup moins. C'est aussi pour ça que les surfeurs à Mavericks vont à l'eau avec des planches de moins de 10 pieds. En revanche quand tu t'engages, il faut être à 200%. La moindre hésitation et c'est la sanction immédiate. Quand tu démarres, elle gonfle rapidement et quand tu descends, c'est le vide. Une fois debout, je dis souvent que c'est comme sur un tapis volant, t'as tout le temps de l'air sous la planche.

Pilou.

Ça inspire de voir un surfeur comme Peter Mel, qui a arpenté son homespot pendant des dizaines d'années, aboutir à une vague pareille ?

Bien sûr. Même si dans le surf de gros, on n'est jamais satisfait. Je pense que Peter est content mais aussi bien, il se dit qu'il aurait dû être plus profond. Gary Linden (illustre chargeur californier et grand shaper), chez qui j'ai récupéré mes planches pour surfer Mavericks, m'a dit qu'il avait surfé la plus belle vague de sa vie à 55 ans, peut-être même plus. Le surf de gros, c'est de la frustration quasi-permanente. Des fois c'est ton jour, des fois pas. Tu peux prendre la plus belle vague de ta vie et te brosser la session suivante. C'est aussi ce qui est génial dans ce que l'on fait. Et ce qui rend la chose d'autant plus magique quand tout est réuni.

Finalement, que retiendras-tu de cette vague de Peter Mel ? 

Le plus beau dans l'histoire, ce n'est pas le barrel. Mais le moment où Jamie Mitchell va voir Peter après sa vague et le prend dans ses bras. C'est ça que je retiens. Jamie, il aurait voulu la prendre cette vague. Tout le monde aurait voulu la prendre. Mais il est allé féliciter son pote et la prochaine fois, ce sera peut-être son tour. C'est ça le surf de gros. Évidemment il y a des aigreurs, des conflits, une course à l'égo. Mais ce moment-là, il symbolise la solidarité et l'esprit d'équipe. On fait les choses ensemble.  

Photo à la une : ©Capture d'écran/Powerlines Productions
                    
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