Surf - Petite anatomie du slab

Bienvenue au "Royaume de l'insurfable".

- @oceansurfreport -

"Le Royaume de l'insurfable". C'est ainsi que Mark Foo avait titrĂ© son article publiĂ© dans Surfer Magazine en 1991, oĂč il posait la question fondamentale de la taille maximum des vagues et des limites des performances humaines. Selon lui, les vagues de 35 pieds et plus Ă©taient trop massives et trop puissantes pour ĂȘtre surfĂ©es Ă  la seule force des bras et ce, peu importe sa puissance ou la taille de sa planche. Avant de conclure : "Maintenant, nous pourrions tricher en Ă©tant remorquĂ© par un bateau ou par un jet-ski, mais est-ce du surf ?"

C'est une question lĂ©gitime qui mĂ©rite d'ĂȘtre posĂ©e, et qui mĂȘlera des Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse irrationnels et contradictoires. Soit tout le contraire de la mĂ©canique des slabs, qui rĂ©pond Ă  une logique purement scientifique. Il fut un temps oĂč on leur volait la vedette, au dĂ©triment de la perfection des vagues de rĂ©cif ou de la grandeur des vagues gigantesques. Mais sous l'impulsion d'une poignĂ©es de bodyboardeurs tĂ©mĂ©raires, notamment en West-Oz dans les annĂ©es 90's, la pratique s'est largement dĂ©mocratisĂ©e.

NĂ©anmoins, une question subsiste : comment se forment-t-ils, ces slabs ? DĂ©cryptage.

1. Changement brut de profondeur

Les vagues dites "traditionnelles", qu'elles cassent sur du sable ou du rĂ©cif, lĂšvent progressivement. Les ondes Ă©mises au large avancent progressivement avant d'inflĂ©chir leur direction et de ralentir Ă  mesure qu'elles se rapprochent du rivage, en gonflant jusqu'Ă  un point critique : le dĂ©ferlement. Sur un slab, la houle qui Ă©volue en eaux profondes n'est absolument pas freinĂ©e. Ainsi, elle conserve la quasi-totalitĂ© de son Ă©nergie jusqu'Ă  heurter Ă  un fond marin Ă  faible profondeur, qu'il se trouve au pied d'une falaise ou Ă  800m des cĂŽtes. PoussĂ©e alors vers le haut, l'onde se mĂ©tamorphose en un mur d'eau gigantesque. Au mĂȘme moment oĂč le bas de la vague aspire l'eau et se creuse de telle maniĂšre qu'elle peut casser sous le niveau de la mer.

C'est le cas d'un slab comme Scott's Reef (États-Unis), dont le fond rocheux passe d'une trentaine de mĂštres Ă  10m voire moins d'un mĂštre selon la marĂ©e. Ou encore de la droite de Ours (Australie), qui passe de 26m Ă  deux voire moins d'un mĂštre selon la marĂ©e.

2. DĂ©formation

Une fois que l'onde atteint la dalle, elle Ă©pouse sa forme. Ainsi, la vague peut prend une allure difforme, Ă  l'image d'un Shipstern's Bluff (Tasmanie) et ses marches sournoises causĂ©es par le relief du reef qui dĂ©forment le "curl" de la vague. Ou comme Ours (Australie) et sa lĂšvre capable de se dĂ©doubler voire mĂȘme tripler. Au contraire, d'autres slabs se distinguent par leur perfection. À l'image d'un Teahupo'o et sa barriĂšre de corail bien ordonnĂ©e qui façonne une vague parfaite dĂ©ferlant avec la rĂ©gularitĂ© d'un mĂ©tronome.

3. Explosion

C'est un Ă©lĂ©ment qui serait en mesure d'Ă©carter Teahupo'o de la famille des slabs. Car les vagues de dalle ne dĂ©ferlent pas, elles explosent. Les ondes qui proviennent du large ne dĂ©calent pas et parfois, il est mĂȘme impossible de voir la vague arriver avant qu'elle ne se brise sur la roche. C'est pour cette raison que la dĂ©tonation d'un slab est brĂšve, puissante et ultra-intense.

Photo Ă  la une : Ed Sloane/WSL

Lire ou relire :

- Petite anatomie du dĂ©ferlement d'une vague.
- Petite anatomie du souffle d'une vague.

   

Mots clés : slab, slabs, dalle, vague | Ce contenu a été lu 3171 fois.
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