Culture - Musique - Tahiti : le douloureux échec d'un combat culturel à Tautira

Mieux comprendre l'impact du "mana", cette force polynésienne que l'on retrouve jusque dans la vague de Teahupo'o.

- @oceansurfreport -

Sur la presqu'île de Tahiti, on parle souvent du "bout de la route", qui correspond à la vague mythique de Teahupo'o. Mais de l'autre côte, sur la face nord, se trouve aussi un "bout de la route" : Tautira. Cette commune tahitienne a connu un déchirement fin août, alors que des "travaux de sécurisation" de la montagne Tahuareva ont été menés à leur terme. Ces travaux ont été vécus comme un drame par beaucoup de locaux, qui ont vu leur terre dynamitée et laissée en fragment. La raison : cette portion de terre portait avec elle une forte valeur historique et culturelle.

Selon le média local Polynésie 1ere, trois grands blocs de pierre pesant plus de dix tonnes chacun ont été détachés de la montagne. Le ministère en charge de l'affaire a affirmé que ces derniers représentaient un réel danger pour la population qui conduisait sur la route sous ces blocs chaque jour. Sur place, un collectif de riverain attaché à son héritage voit les choses bien différemment. Léa Hahn, photographe locale, nous explique : "Ils disent qu'ils dynamitent pour protéger la population des chutes de pierres. Cependant, lorsqu'on fait ça pour la sécurité, une étude de la montagne doit être faite, pour l'instant aucune trace de cette étude !"

Un véritable combat culturel


Après trois mois de délai et de démarches judiciaires, les opposants à ces travaux ont perdu leur combat le 30 août dernier. Leur combat, c'était surtout la préservation d'une histoire et d'un héritage culturel fort : parmi les pierres dynamitées, des vestiges liés aux légendes polynésiennes du site. Sculptures, sculpture en négatif, pétroglyphes et moyens de communication traditionnels avaient été recensés par la résidente Laiza Pautehea dans l'espoir de sauver les lieux. Suite à leur destruction, chants et prières se sont mêlés aux larmes et à la déception des manifestants attachés à ce lieu culturel.

Selon eux, cette montagne portait avec elle le "mana", l'énergie ancestrale portée par la terre polynésienne. À la porte de Tautira, beaucoup étaient sensible à cette énergie, qui représente aussi "tupuna", les ancêtres en Polynésie. Ce dynamitage représente alors la simple destruction d'une terre sacrée.

Les opposants à la destruction se sont réunis une dernière fois le jour-J, dans un ultime espoir d'empêcher le dynamitage.

"Ce que nous perdons au nom du profit n'a pas de prix. La Terre a perdu la moitié de sa faune au cours des 40 dernières années. La seule maison que nous ayons jamais connue et nous voici, détruisant une montagne sacrée, remplie d'énergie et d'esprits et nous voici, massacrant un héritage culturel rempli d'histoire et d'habitants sacrés. [...] Battons-nous pour garder nos îles sauvages." écrivait Léa Hahn après s'être rendue sur place le jour J.

Le jour de la démolition, une forte émotion sur les lieux.

Préserver le Mana

Si la commune de Tautira n'est pas connue internationalement pour ses vagues, le mana lui a du sens pour beaucoup. Dans le dernier numéro de Surf Session Mademoiselle, un sujet sur les femmes de Teahupo'o abordait ce trait important de la terre polynésienne : "de cette « Mecque du surf », émane une atmosphère presque religieuse. Une énergie quasi palpable, que les Tahitiens appellent le «mana». Et pour cause, ces terres sont habitées de légendes" peut-on y lire.

Les surfeuses polynésiennes Hinatea Boosie et Vahine Fierro l'expliquaient en ces termes à la journaliste Jeanne Dauthy : "Tu as un mana très puissant quand tu rentres dans l'eau là-bas. Souvent les gens regardent la vague et oublient de regarder les montagnes, pourtant ce qu'elles te renvoient, c'est puissant. Je n'ai jamais ressenti cette force dans un autre spot de surf" disait Hinatea. "Teahupo'o, c'est pour moi un des endroits qui me rend la plus vivante. La vague en elle-même mais aussi l'énergie qui traverse tout ton corps" ajoutait Vahine.


Pour le comprendre, il faut le sentir. Le Mana, c'est donc quelque chose qui se ressent, plus que quelque chose qui s'explique. Il se trouve au cœur de la vie des Polynésiens, telle une force supérieure répandue dans la nature. Cette énergie émane de Tahiti et ses îles, et encore plus particulièrement sur des sites donnés qui deviennent alors des sources d'énergie, où le mana est particulièrement puissant. Si Teahupo'o et sa vague sauvage bénéficient encore de cette énergie, la commune de Tautira pleure depuis le 30 août son mana détruit.

> Photo à la une : © Léa Hahn

>> Lire ou relire : ''De mer en filles'' : un documentaire inédit sur la famille Fierro


       
Mots clés : tahiti, tautira, culture, légende, polynésie, mana | Ce contenu a été lu 5650 fois.
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