XXL - Antoine Chicoye : ''Montrer l'envers du décor''

L'avant-première française du documentaire ''Enfer & Paradis'', sur Justine Dupont et Nazaré, a lieu la semaine prochaine à Biarritz.

- @oceansurfreport -

Plusieurs titres auraient été possibles. "Rêve & cauchemar", "mythe & réalité"... le trio de réalisateurs français Antoine ChicoyeAlex Lesbats et Michael Darrigade ont opté pour "Enfer & Paradis" au moment de baptiser leur prochain long-métrage consacré à Justine Dupont et à la place qu'elle occupe à Nazaré au Portugal.

À une semaine de l'avant-première nationale de ce 52 minutes à Biarritz, Antoine en dit plus sur la genèse du projet, les coulisses du tournage et la manière dont les Big Wave Awards ont entravé leurs plans, avant de permettre au trio de rebondir.

Surf-Report : Comment est née l'idée de ce documentaire, "Enfer & Paradis" ?

Antoine Chicoye : Ça fait déjà un bon moment que je tourne avec Justine et là, avec Alex Lesbats et Michael Darrigade, on avait envie de produire un format plus long. On revenait tout juste d'un trip au Maroc où l'on a travaillé pour la World Surf League sous les ordres de Vincent Kardasik. Autant dire qu'on était sur une bonne dynamique. En février, ensemble, on a pris la direction de Nazaré, chacun avec des missions et des clients différents. Sur la route, on s'est dit que ça pouvait être intéressant de couvrir l'intégralité de la compétition (le Nazaré Tow Surfing Challenge, ndlr) en se focalisant chacun sur des surfeurs différents, alors on s'est dispersé. Et à la fin de la compétition, les swells ont continué de s'enchaîner. Au final, on est resté une quinzaine de jours sur place et on s'est retrouvé avec des tonnes d'images.


De nombreux court-métrages et films sur Nazaré, son histoire, l'intensité des lieux, sortent chaque année. En quoi le vôtre est-il différent ?

C'est vrai qu'on voit énormément de contenus et beaucoup de déjà-vu, notamment avec Justine qui a le vent en poupe. Tout le côté blessure (fracture et luxation à l'épaule, blessure au genou à Hawaii en 2018), remise à niveau, rééducation, remise à l'eau, entraînement... Je ne voulais pas faire comme tout le monde et j'en avais un peu marre de ces films où l'on voit des surfeurs se préparer pendant une heure. Je souhaitais mettre en avant l'action, la préparation forcément, qui a une place tellement importante qu'il ne faut pas la négliger, mais sans rester en surface et en faisant connaître Justine un peu plus profondément. Sa relation avec Fred, avec Maya, cette histoire de record du monde, sa vision des choses, quelque chose d'un peu plus intimiste... L'envers du décor en fait.

Qu'est-ce qui domine quand vous filmez les moments qui précèdent les sessions ?

Une ambiance que je n'ai retrouvé nulle part ailleurs, il faut aller le voir par soi-même. Et puis avec Justine, avant les sessions, c'est pesant. Dans les regards, dans l'intensité de la scène, on sent cette tension qui est palpable. Dans ces moments-là, j'essaie de me faire tout petit, de me faire oublier, je ne pose pas de questions, je laisse vivre les situations car c'est ce qui est intéressant dans notre métier, quand l'action est dirigée par les acteurs eux-mêmes et de manière naturelle. Je pense qu'on a réussi à capter ça dans "Enfer & Paradis".

Pourquoi "Enfer & Paradis" ?

Ce sont les mots de Justine. Et en y réfléchissant, ça correspond bien à Nazaré et ça colle parfaitement avec l'histoire que raconte notre film. Celui qui regardera "Enfer & Paradis" comprendra rapidement pourquoi on a choisi ça.


Nazaré est-elle une vague difficile à filmer ?

À Nazaré, on est sur une technicité hallucinante. Un des avantages principaux pour filmer, c'est la disposition du phare et la géographie de la plage qui donnent l'impression d'une arène entourant les vagues. Une proximité intéressante qui offre une grande diversité au niveau des angles. Pour les points faibles, la brume qui est un grand classique et un des éléments les plus difficiles à gérer. En dix minutes, le spot peut se retrouver dans une sorte de brouillard. Le placement aussi diffère constamment. Un bon endroit pour filmer la veille ne sera pas forcément la bonne option pour le lendemain. Pour ma part, j'aime bien l'angle de la plage, même si je me suis déjà fait des frayeurs (voir notre article - Maman, j'ai raté la bombe).  L'offshore peut également créer des crêtes énormes au dessus des vagues, qui vont brouiller tout ce qui se trouve après la première de la série. La lumière est forcément un élément important, et on peut vite se retrouver en insuffisance. Tous ces paramètres amènent à un même objectif : rendre la vague la plus grosse possible, et mettre en valeur la performance de l'athlète.

L'issue des Big Wave Awards (Maya Gabeira a obtenu le record de la plus grosse vague surfée par une femme, au détriment de Justine, voir par ailleurs) a-t-elle entravé vos plans ?

(Il soupire) C'est plus que ça... Avant cette annonce (le 10 septembre 2020), le documentaire était déjà fini. Et je ne voyais pas d'autre option possible que d'achever l'histoire sur ce record. Quand j'ai appris la nouvelle, j'étais choqué et écoeuré pour Justine. On a été témoin de l'implication que ça demandait. J'étais confiant et on est tous tombé de haut. Mais elle comme moi, je pense qu'on a été pris au jeu avec cette histoire de record du monde. Il faut voir comment c'est, tout l'hiver on nous bassine avec ça, en nous parlant de l'impact envers le grand public, des contrats que l'on peut récupérer... On a dû reprendre en partie le concept du film et trouver une autre solution pour conclure notre documentaire. Et au final, je trouve ça pas plus mal. Record ou pas record, l'important c'est d'avoir surfé la plus grosse vague du monde.


Avant-premières françaises présentés par Around The Waves :

Mercredi 19 mai - Cinéma "Le Royal" à Biarritz (64) | Plus d'infos.
Jeudi 20 mai - Jo and Joe à Hossegor (40) | Plus d'infos.
Vendredi 21 mai - Megarama à Bordeaux (33) | Plus d'infos.
Samedi 22 mai - Le Grand Rex à Paris (75) | Plus d'infos.

Photo à la une : ©Capture d'écran/Laurent Pujol

     
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