WCT - Jérémy Florès, le jour de gloire est arrivé

Le récit d'une journée d'anthologie.

- @oceansurfreport -
©Camille Le Saux

Jérémy Florès l'a repéré avant tout le monde, cette onde pleine de promesse qui se hâte vers le rivage. Il saisit sa chance en s'engageant face à la vague, accélère encore et encore avant de se loger de longues secondes sous un épais rideau d'écume, disparaît comme par enchantement et surgit en pleine lumière d'un long tunnel existentiel, les mains dans le dos et les yeux rivés vers un public entré dans un état second. Cet éclat majestueux, survenu quelques minutes seulement après le lancement du heat, a provoqué un déclic immédiat, galvanisé les foules et placé la finale du Quiksilver Pro France 2019 dans une autre dimension. Il est un peu moins de seize heures à Hossegor quand le score tombe : 9,67pts. Jérémy plie quasiment la finale en l'espace de deux minutes et trente secondes.

Pendant des années, ce fut la douche froide pour Jérémy Florès.
Il y a deux semaines, on s'était posé la question au moment de narrer l'exploit du Réunionnais lors de sa première participation sur l'étape landaise du Championship Tour en 2005, où il faisait tomber l'un des prétendants au titre mondial, Mick Fanning : "Blocage à domicile ou mauvais concours de circonstances ? L'édition qui se profile permettra au Réunionnais de chasser ses vieux démons." Car la relation singulière qui unit Jérémy au Quiksilver Pro France pourrait se résumer à "je t'aime moi non plus", impliquant ainsi d'interminables années de disette. De coups de pression, d'éliminations prématurées, de revers controversés et de manques de réussite.

Un tube pour l'éternité.
Cette année, c'est comme si les bancs de sable d'Hossegor avaient mis quinze ans - le nombre de fois que le Français s'est aligné sur le Quik Pro - à accepter l'un des siens. Les vagues qui se présentaient bravement face à la plage de la Gravière étaient sculptées pour lui, sa pureté technique et sa maîtrise du terrain.

"Après ces années de galère, à rentrer chez moi, me cacher sous mon lit pendant trois jours et déprimer pour avoir perdu sur l'épreuve où j'ai toujours rêvé de gagner... C'est comme si c'était écrit." - Jérémy Florès

Capricieuses, juste assez pour ajuster son placement à la perfection et attendre le moment opportun pour s'engouffrer dans les barriques. Imprévisibles, seulement de quoi permettre à "Jezza" Florès de dénicher des échappatoires là où tous ses adversaires directs, Ryan Callinan, Jack Freestone et Italo Ferreira, ne sont jamais parvenus à trouver la porte de sortie. Mais aussi majestueuses, afin de rendre sa grandeur à Jérémy.

Direction la finale.
À la Gravière, il était sur une autre planète. "C'est un truc de fou cette journée [...] Gagner ici, c'est le meilleur scénario dont je pouvais rêver. Après ces années de galère, à rentrer chez moi, me cacher sous mon lit pendant trois jours et déprimer pour avoir perdu sur l'épreuve où j'ai toujours rêvé de gagner... C'est comme si c'était écrit", avouait-t-il encore gorgé d'adrénaline à l'issue de sa victoire face au Brésilien Italo Ferreira. Jérémy a donc bel et bien fait face à ses démons : "C'est juste dingue, il y a tellement de sacrifices derrières tout ça. S'imposer ici, là où tout à commencé pour moi, c'est la victoire de tous, tous les Français, tous les Réunionnais."

Bain de foule.
On se souviendra longtemps de ce vendredi 11 octobre 2019. Des coups de génies du gamin de Saint-Paul tout au long de la semaine, sur les beachbreaks landais où il fait ses armes depuis sa toute première compétition en France à l'été de ses huit ans. De la joie de Miky Picon, Tikanui Smith et Marc Lacomare qui sont revenus au village trempés de la tête aux pieds après avoir porté leur prince en triomphe en fendant une marée humaine. De cette même marée humaine qui a entonné la Marseillaise devant Jérémy, alors qu'il brandissait fièrement le drapeau tricolore. Et du moment où le trentenaire a pris le micro sur le podium, en honorant la mémoire du regretté Pierre Agnès, le PDG de Quiksilver tragiquement disparu en mer l'an passé. Mektoub dit-on dans la langue arabe : c'était le destin, c'était écrit.

L'audace a du génie.

       
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