Environnement - La première réserve de vagues vient de voir le jour en France

"On invite les surfeurs et non-surfeurs à nous contacter s'ils souhaitent créer une réserve de vagues près de chez eux."

- @oceansurfreport -

En septembre 2021, le surfeur-explorateur Erwan Simon nous avait expliqué en quoi consistait son projet de créer une réserve de vagues en France. Il vient tout juste de nous informer de l'aboutissement de son projet. La toute première réserve de vagues vient de voir le jour en Bretagne, à Saint-Pierre-Quiberon et elle est désormais officiellement reconnue par les autorités françaises. L'objectif est la protection et la valorisation de ces éléments naturels en mouvement qui font la richesse de nos côtes, le bonheur des surfeurs comme des non-surfeurs et qui inspirent les hommes depuis toujours. 




L'association France Hydrodiversité créée par le surfeur lui-même, accompagné de Grégoire Touron et Frédéric Habasque, a lancé le projet il y a deux ans. De nombreuses vagues ont déjà disparu pour de multiples raisons liées à l'activité humaine : construction de ports, de digues, d'enrochements, pompage de sable... Et avec la montée progressive du niveau de la mer ces travaux pourraient se multiplier dans le futur. 



Nous avons discuté avec lui de ce beau projet.

Entretien. 

Peux-tu nous expliquer ce qui a motivé chez toi l'envie de mener un tel projet ? 

Erwan - "Je savais qu'une réserve de vagues existait à Mundaka et j'ai contacté l'association à l'initiative de ce projet. Je me suis demandé pourquoi ça n'existait pas en France. En plus de posséder la deuxième plus grande aire maritime au monde, notre pays est le seul a avoir des territoires dans tous les océans. Notre diversité de vagues est immense. Comme je suis breton, le plus simple était de commencer par la Bretagne, qui abrite tout un tas de spots. Il y a quelques années, les spots de Quiberon avaient été menacés par un projet de pompage de sable pour une cimenterie. Mais le projet n'a heureusement pas vu le jour. Pour pouvoir communiquer avec la ville, j'ai créé l'association France Hydrodiversité avec deux autres surfeurs, Grégoire Touron et Frédéric Habasque, qui travaillent tous les deux dans l'environnement. Grégoire est scientifique et il vient tout juste de faire une publication scientifique sur le sujet. 




Qu'est ce que le concept de "réserve de vagues" implique ? 

Erwan - L'idée c'est de protéger les vagues, à la manière d'une réserve naturelle, comme c'est le cas par exemple lorsqu'une forêt est protégée. On s'assure que l'être humain ne va pas altérer le bon fonctionnement de la vie sauvage. La commune de Saint-Pierre-Quiberon s'engage à ne pas avoir d'impact négatif sur une zone délimitée et les vagues qu'elle abrite. Elle ne peut pas y construire quoique ce soit. 

Est-ce que cela aura un impact sur les surfeurs ou les autres usagers du littoral ? 

Erwan - Absolument aucun ! Les surfeurs, les pêcheurs et les promeneurs poursuivront leurs activités tout à fait normalement. Ce sont les autorités qui s'engagent à protéger la zone pour que les vagues continuent d'y déferler normalement, aussi bien aujourd'hui que dans 50 ans. Dans le sud-ouest à l'embouchure de l'Adour, le spot de La Barre, considéré comme l'une des plus belles vagues du monde, a disparu suite à la construction de digues. À Madère, le spot de Jardim do Mar a lui aussi été endommagé. La construction d'une route a entraîné l'enrochement du spot et la vague, même si elle existe toujours, ne fonctionne plus du tout comme avant. 



As-tu le projet d'étendre cette réserve à d'autres parties du littoral français ? 

Erwan - Nous avons pour objectif de multiplier les réserves en France et dans les DOM-TOM, on souhaiterait en créer en Polynésie et dans les Caraïbes. On invite d'ailleurs les surfeurs mais aussi les non-surfeurs, à nous contacter s'ils souhaitent proposer la création d'une réserve de vagues près de chez eux. Les gens sont nombreux à les aimer, elles ne concernent pas que le surf. La création de cette première réserve a pris un peu de temps (notamment à cause du covid et d'un changement de municipalité) et a suscité de la curiosité et des questionnements mais pour les autres ça devrait aller plus vite ! Je pense que d'autres communes vont être intéressées, et on va approcher d'autres municipalités. L'idée c'est avant tout de défendre l'hydrodiversité. On souhaiterait qu'il y ait un réseau de réserves de vagues en France, à la manière des parcs nationaux. 



Qu'entends-tu pars "hydrodiversité" ? 

Erwan - On sait ce qu'est la biodiversité et on a bien compris qu'il fallait la protéger. Les vagues elles, ne sont ni un être animal, ni un être végétal et pourtant elles sont un élément naturel très important que l'on doit préserver. 
Comme je l'ai dit, les vagues sont importantes pour les surfeurs mais pas que. Il y a des gens qui aiment aller y nager, d'autres qui aiment venir voir leur spectacle ici en Bretagne, mais aussi au Pays Basque, dans les Landes. Leur bruit et leur beauté inspirent beaucoup d'individus, des photographes, des peintres, des écrivains, des musiciens. Les vagues ce n'est pas simplement mettre des rollers ou faire des tubes, c'est beaucoup plus que ça. Près de chez moi en Bretagne il y a un endroit où se trouve un caillou sur lequel déferle une vague. Elle n'est pas intéressante pour le surf mais Paul Gauguin en a fait un tableau, il s'appelle « La Vague ». Je pense que cette vague devrait être protégée, ce serait dommage qu'elle disparaisse un jour alors qu'elle a attrapé le regard de l'un des plus grands peintres de l'histoire."



Par Ondine Wislez Pons 

>> Voici une petite vidéo explicative

                   
Mots clés : interview, réserve de vagues, france, saint-pierre-quiberon, bretagne, vagues, hydrodiversité, erwan simon | Ce contenu a été lu 17737 fois.
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