Interview - La plus belle vague du monde

Teahupo'o by Romuald Pliquet

- @oceansurfreport -

Cette année, la redac’ de Surf-Report a décidé de vous faire rêver ! Et quoi de mieux que de commencer l’année avec un road trip des plus belles vagues du monde. Chaque semaine nous interviewerons un surfeur pro ou amateur, un photographe ou un groms … qui nous racontera son aventure sur une vague mythique. Cette semaine, le photographe et reporter Romuald Pliquet nous raconte son histoire avec Teahupo’o.

C’est sans doute la vague la plus belle et la plus puissante du monde. A une heure de route de Papeete, la capitale tahitienne, se cache la monstrueuse vague de Teahupo’o. Mondialement connue pour ses gauches, elle est aussi dangereuse que belle. C’est une vague de corail surpuissante qui se lève d’un coup et ne pardonne pas. Le Take-off est instantané et brutal pour enchaîner avec un tube. La violence de la houle et la configuration du récif font de cette vague l’une des plus puissantes jamais surfées. Teahupo’o fait rêver, Teahupo’o impressionne.

OSR : Pour toi quelle est la plus belle vague du monde ?
Romuald Pliquet : Cela dépend de comment on qualifie une belle vague : Est-ce une vague sur laquelle on exprime au mieux son surf ou tout simplement une vague si magnifique à regarder que l’on préfère même la voir vierge de tout surfeur ?

Dans les deux cas, la plus belle reste, pour moi, Teahupo’o. C’est la vague ultime à rider ! Là, nous passons dans une autre dimension du surf où le mental et l’engagement sont surement plus importants que le bagage technique aussi affûté soit-il... Certains pensent que Teahupo’o se résume bien souvent à un take-off, (bottom), et tube mais si toutes les compositions de ton surf ne sont pas au top, tu risques fort d’être ramené à la réalité en ayant goûté au récif. C’est une vague qui demande d’être à 100%, rien n’est à négliger. Si elle sent que tu la respectes et bien elle t’offre son plus beau cadeau : le tube ! N’est-ce pas ça que tout surfeur recherche : être dans le cœur de l’océan ?


OSR : Qu’est ce qu’elle a de si particulier ?
Romuald Pliquet : Ouhh… C’est une question difficile à répondre en seulement quelques lignes tellement il y a de choses à dire sur sa particularité et tout ce qui se dégage de son curl unique au monde ...

C’est une vague qui prend totalement possession de votre âme une fois que vous avez été à son contact. Vous n’avez plus qu’une seule envie c’est de vivre à ses côtés pour la surfer, la voir respirer même si par moments elle vous montre ses crocs et ne vous laisse pas le choix de la regarder comme pour vous rappeler que vous n’êtes, en fin de compte qu’un simple mortel ! Un juste retour aux lois naturelles face à l’égocentrisme humain…

OSR : Te rappelles-tu de la première fois où tu l’as surfé ? Peux-tu nous raconter ?
Romuald Pliquet : Je me souviens surtout de la vitesse des battements de mon cœur ce jour là !! C’était incroyable…

Je venais juste d’arriver sur le Fenua et avant mon départ pour Tahiti, unique raison de ma venue ici d’ailleurs, je m’étais promis d’aller la surfer d’entrée de jeu, sinon j’aurais toujours repoussé le moment d’aller à sa rencontre par peur… Alors je me suis acheté un scooter et je suis parti vers elle sous une pluie battante avec le surf sous le bras… Au fur et à mesure des kilomètres, mon cœur s’emballait de plus en plus à l’idée d’aller enfin la sentir… Toutes ces nuits passées à faire des sessions théoriques allaient prendre fin ce jour là ; la présence de la pluie constituait pour moi un petit clin d’œil à ma pointe finistérienne comme pour me dire que je n’étais pas seul ou du moins prenait l’allure d’un gimmick sur lequel je me raccrochais pour me donner du courage…(bien qu’en Bretagne il fasse toujours beau ndlr).

Au virage pour la Presqu’île, j’ai immédiatement senti que je rentrais sur son territoire et que le point final de la route était "Elle" … Les bornes kilométriques décroissent comme un compte à rebours infernal et inexorable. Avant que je réalise, j’étais au kilomètre 0 face à cette planche de bois, remplie d’histoires et de sessions mémorables connues du monde du surf, où est inscrit Teahupo’o. Kilomètre 0 : passage du monde civilisé à un autre monde qui te change à jamais.

Il pleuvait toujours autant sinon davantage. Personne sur le parking bordant l’estran de la passe d’Hava’e si ce n’est un certain Vetea « Poto » David, maître incontesté des lieux, qui semblait attendre une accalmie dans sa voiture. La visibilité au pic était réduite, depuis la plage, et il semblait n’y avoir personne.

Alors j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai sauté dans l’eau… A chaque coup de rame, je sentais que mon cœur allait exploser. Pourtant à aucun moment je me suis dit « mais qu’est ce que tu fous là tout seul.. », il y avait quelque chose qui me poussait vers elle,  bien plus fort que la peur ou autres appréhensions, j’étais dans un état mental où se mêlaient à la fois la peur et l’excitation.

Quand je suis arrivé au pic, c’était bien loin de l’ambiance des couvertures de magazines. Les passages successifs des grains apportaient une atmosphère grise, peu rassurante et le line up, désert, était légèrement on-shore. Une fois la première série arrivée, j’avais déjà compris pourquoi j’avais traversé la planète pour Elle…


OSR : Quelle a été ta plus grosse frayeur sur cette vague ?
Romuald Pliquet : Il n’y a pas longtemps. C’était au lever du jour, il y avait, seulement au pic, un bodyboardeur et un photographe australien qui prenait des photos en aqua pour un magazine. La houle était assez petite : un bon 1.5 m et plus aux séries et les vagues étaient d’une perfection et d’une beauté à la hauteur de sa réputation. Les prévisions annonçaient l’arrivée d’une grosse houle et visiblement celle-ci n’était pas encore là alors j’ai également plongé pour aller shooter en aquatique. Au vu de la taille de la houle, j’ai commencé à aller de plus en plus à l’inside jusqu’au moment où une des premières grosses séries est arrivée et m’a surpris sur le bowl d’ouest… Le bowl d’ouest est malicieux puisqu’il pète directement ou presque sur le récif. J’ai reçu le curl sur le dos et me suis fais trainé comme un pantin sur le récif au point d’avoir perdu mon caisson étanche au moment de l’impact. Par chance, je n’ai pas touché le récif et je suis sorti indemne de toutes coupures profondes qu’occasionne le corail. J’ai ensuite, un peu plus tard, retrouvé mon caisson à la surface ; il était temps de rentrer et je me suis dit que ce jour là, j’avais eu beaucoup de chance…

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