Waterman - Laurent Chardard : l'inclusivité à toute épreuve

Amputé de deux membres suite à une attaque de requin, sa passion pour le surf va le conduire aux JO Paralympiques de Tokyo 2020

- @oceansurfreport -
Grécory Picout

Laurent Chardard fait partie de ces personnes qui réussissent par une incroyable force de caractère à surmonter les obstacles que la vie peut parfois mettre sur notre chemin. Celui qu'on surnomme "Baby Shark" a dû en braver un qui est loin d'être anodin.

De l'attaque de requin...

À la suite d'une attaque d'un requin bouledogue en 2016 à Boucan Canot à l'ouest de la Réunion alors qu'il était en bodyboard, Laurent Chardard est amputé des membres inférieurs et supérieurs droits. Le filet anti-requin présentait un trou de 2 mètres de circonférence impossible à réparer en raison de la forte houle.

"J'ai vu une masse grise-marron. Le requin m'a pris le bras et m'a entraîné au fond de l'eau. Avec le bras gauche, je l'ai tapé, c'est ce qui a fait qu'il a lâché et que j'ai pu remonter sur ma planche". Après lui avoir sectionné une partie du pouce gauche et emporté le bras droit, le squale réitère son attaque, cette-fois-ci à la jambe tout en l'amenant vers le fond. Un MNS en jet-ski a finalement réussi à le saisir et le ramener sur la côte. Dans son malheur, le surfeur a eu la chance que le poste de secours se trouve près du lieu de l'attaque et que des médecins et des infirmières aient été présents sur la plage pour lui prodiguer les premiers soins. Et ainsi lui sauver la vie.

Le jeune homme se montre reconnaissant et insiste sur cette chance qu'il a d'être en vie contrairement à d'autres surfeurs qui ont été victime de cette "crise requins" à la Réunion : "J'ai survécu mais c'est pas le cas de tout le monde...". Il y quelques semaines, la commune de l'Étang-Salé dont est originaire le réunionnais de 26 ans a acté l'ouverture d'une zone d'expérimentation opérationnelle (ZONEX) sur le spot des Brisants visant à sécuriser les spots. En seulement 8 ans (de 2011 à 2019), il y a eu plus de vingt-cinq attaques, dont onze mortelles. Six attaques de requin ont eu lieu à la Réunion à la suite ce celle-ci. La dernière qui malheureusement fut mortelle date de mai 2019.

...aux Jeux Paralympiques de Tokyo 2020.

Pour se reconstruire, le sport a été son moteur. Plus particulièrement les disciplines aquatiques : "Quand on aime quelque chose, il faut vraiment tout faire pour continuer de pratiquer ce qu'on aime. La glisse ça fait partie de ma vie".

De manière générale, le sport est pour lui un moyen de se vider l'esprit car il s'est toujours senti connecté à l'océan. Enfant déjà, sa principale occupation après l'école était de chercher des vagues à vélo avec ses copains. Quand on lui demande quelles personnes l'inspire, il répond sans hésiter le waterman Kai Lenny ou l'handisurfeur Alain Curco Llovera, lui aussi victime d'une attaque de requin à la Réunion en 1991. Ingénieur de formation (études qu'il a toujours suivi au bord l'océan Anglet, Brest, Bordeaux), le courageux surfeur a créé lui-même sa prothèse dès le premier mois suivant son attaque pour pratiquer le surf et le bodyboard : "Ça a l'air un peu artisanal, mais le fait de pouvoir aller dans l'eau représente une grande partie de ma vie".


Ayant du mal à retrouver ses sensations en surf, le Réunionnais s'est essayé d'abord à l'apnée puis dans un second temps à la natation. Il pensait la natation seulement comme une étape provisoire qui lui permettait de réapprendre les mouvements à adopter dans l'eau. Et ce, uniquement dans le but de l'aider à remonter sur une planche. Les plus belles expériences arrivant souvent quand on s'y attend le moins, c'est dans le cadre de ces entraînements (qu'il a commencé en 2017 après une longue rééducation d'un an), que ses entraîneurs du club Guyenne Handinage à Bordeaux décèlent son potentiel pour entrer en équipe de France. L'athlète est par la suite devenu vice-champion du monde du 50 m papillon (en 2019), champion d'Europe du 100 m dos (en 2021) et fait partie des nageurs paralympiques sélectionnés pour les Jeux Paralympiques de Tokyo 2020 dont la cérémonie d'ouverture doit se tenir le 24 août prochain. Rien que ça. En moins de quatre ans. 


Le 1er août dernier, Laurent Chardard a participé à une première mondiale : une course à distance avec les meilleurs nageurs valides du monde. Alors que les nageurs se trouvaient dans le bassin olympique japonais pour la finale du 50m nage libre des JO de Tokyo, l'athlète paralympique était quant à lui dans une piscine à Paris. La course de ses huit concurrents était simulée en temps réel par des faisceaux lumineux. De quoi lui donner un avant-goût de ce que va être la compétition.

Le sportif de haut-niveaux a confié à nos confrères de Views qu'il se sentait investi de la mission de promouvoir l'inclusivité en inspirant "les générations futures de valides ou d'invalides en leur montrant que l'handicap n'est pas une fatalité. Ça me paraît important. L'handicap ne doit pas définir qui l'on est ou ce que l'on fait".

Concernant le para-surf aux Jeux olympiques, en 2017, l'International Surfing Association (ISA) a été officiellement reconnue comme étant la fédération paralympique internationale pour le para-surf. La même année, l'ISA a soumis sa « déclaration d'intention » au Comité International Paralympique (CIP) pour que le para-surf soit inclus au programme sportif des Jeux Paralympiques de Paris 2024

Par Flora Etienne

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